Après le numérique : quelle ré-industrialisation ?

Institut de l'iconomie

Auteur : Institut de l'iconomie
Publié le 26 Mar 2012 dans nos réflexions & propositions

Cerveau d'oeuvre de l'Institut de l'iconomie

Article publié sur le blog de Henri Verdier

La question industrielle, a fait une entrée spectaculaire dans la campagne présidentielle. Du « pacte industriel » au « produire en France » en passant par le protectionnisme, elle a structuré un moment du débat. Cette prise de conscience est une excellente nouvelle dans un contexte de mondialisation, de crise économique, de chômage élevé, mais aussi d’irruption d’une modernité explosive, créative et imprévisible. La France a soudainement redécouvert combien elle avait eu tort de privilégier excessivement les services – considérés à tort comme non délocalisables. Elle a redécouvert l’importance stratégique d’une véritable politique industrielle. Elle a compris qu’un pays qui ne fabrique pas de produits finit par perdre son rayonnement culturel et donc sa souveraineté et même ses capacités de dialogue avec les autres peuples…

Malheureusement, au delà du volontarisme apparent, on n’a pas encore vu se dessiner de contenu concret pour cette politique industrielle désormais appelée par tous. Et l’on n’a surtout pas entendu de véritable proposition de stratégie de l’action collective. On pourrait donc craindre que ce bon premier mouvement ne débouche plus sur un retour en arrière (la « réindustrialisation ») que sur un véritable projet de dépassement (la « néoindustrialisation »). C’est de cette « néoindustrialisation » que nous parlerons au cours de ces Rencontres de Cap Digital.

Or, s’il est clair que nous avons besoin d’une économie de la production, il est tout aussi évident que nous avons changé d’ère industrielle et que les anciennes recettes ne peuvent plus fonctionner. On ne peut plus concevoir un produit, une usine ni une stratégie industrielle sans tenir compte de la révolution numérique. Mondialisation des échanges, puissance créative des individus connectés, économie de la contribution, omniprésence de l’informatique et des télécommunications ont dessiné un nouveau contexte stratégique.

On peut en particulier dessiner quatre chantiers complémentaires qui doivent être considérés comme d’égale importance :

  • aider les industries traditionnelles  à se repenser à l’aune de la révolution numérique : intégrer l’utilisateur dans la conception des produits, susciter la contribution du plus grand nombre, organiser harmonieusement le réseau des producteurs, optimiser l’impact global du cycle de vie des produits, concevoir l’usine comme une communauté de travail. La France doit produire, sur son territoire, des composants stratégiques et des produits de grande consommation pour un marché mondial. Pour ce faire, elle devra retrouver le sens culturel de son industrie : proposer au monde des produits qui répondent aux aspirations de ses citoyens, qui s’appuient sur ses traditions et qui portent ses valeurs (qualité de vie, culture, service public).
  • réussir la transformation numérique des industries de service (banque, assurance, grande distribution, communication, etc.). Il est paradoxal que la France se pense à l’abri de la mondialisation des services alors même que ce secteur – 70 % de son PIB – est puissamment exportateur. Ces activités subiront toutes des mutations aussi radicales que la presse ou la musique : la question de savoir si elles en sortiront dévastées ou au contraire confortées se joue dans les quelques années qui viennent. Pour ce faire, il faudra réorienter nos politiques de soutien à la recherche et au développement industriel pour faciliter l’appropriation de l’innovation par des entreprises qui ne font pas de R&D, et donc, réussir enfin à combler le fossé entre les PME et les grands groupes ;
  • s’intéresser aux activités qui hybrident, de manière indiscernable, l’industrie, le logiciel et le service. Santé, lutte contre le handicap, villes intelligentes, transport intelligents, réseaux intelligents d’énergie robotique de service à la personne… tous ces secteurs promettent les innovations majeures des années à venir, et ont un immense potentiel de croissance et de création d’emploi. Encore faut-il qu’ils soient intégrés dans les politiques de recherche et dans les politiques industrielles. Pour ce faire, il faudra apprendre à intégrer dans l’action publique ces secteurs hybrides, mouvants, interdisciplinaires, qui ne peuvent entrer dans les cadres rassurants de la planification traditionnelle ;
  • prendre des positions fortes sur les prochains secteurs d’hypercroissance, (contenus et services numériques, internet des objets, greentech, cleantech). Même si ces secteurs ne créent pas toujours d’emplois directs, ils représentent des perspectives de croissance explosive sans lesquelles l’économie globale ne peut prétendre à une croissance soutenue et durable. Leur encouragement suppose d’inventer des stratégies adaptées à l’innovation radicale, à l’explosivité et à l’investissement international observés sur ces secteurs, peut-être en passant d’une logique de subventions publiques à une logique d’achat public à condition que cet achat assume une part d’aléas ;

Enfin, ces quatre chantiers ne porteront pas les fruits escomptés s’ils ne sont pas accompagnés d’une solide réflexion sur le rôle de l’action publique dans le développement économique. Entre le laisser-faire et l’excès d’interventionnisme, l’efficacité de l’action publique suppose de nouvelles formes d’alliance entre l’État et les acteurs privés.

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Auteur : Institut de l'iconomie
Publié le 26 Mar 2012 dans nos réflexions & propositions

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