De l’économie à l’iconomie : objet de l’Institut de l’iconomie

Institut de l'iconomie

Auteur : Institut de l'iconomie
Publié le 8 Oct 2012 dans iconomie, nos réflexions & propositions

institut iconomie

L’« iconomie » est le système économique qui permet aux consommateurs, aux entreprises, aux institutions et à l’État de tirer pleinement parti du système technique fondé sur la microélectronique, l’informatique, l’Internet et l’intelligence partagée. Passer de l’économie à l’iconomie, c’est adopter un nouveau modèle de compréhension de l’économie. Ce modèle permet de définir une orientation stratégique pour la compétitivité, la croissance et la renaissance de la France.

L’Institut de l’iconomie (ex Institut-Xerfi) s’est donné pour but d’éclairer les voies d’un retour à la compétitivité et à l’équilibre des échanges de la France. Il faut pour cela que notre pays sache adapter ses entreprises, ses institutions, au monde nouveau qui s’est créé sur le socle physique que fournit le « numérique » avec l’informatisation et la mise en réseau des institutions, du système productif et de la vie personnelle. Il faut qu’il s’oriente vers l’iconomie.

Si cette adaptation échoue la France perdra son droit à la parole dans le concert des nations : elle sera dominée et colonisée comme le furent au XIXe siècle les pays qui ont refusé l’industrialisation.

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Il ne faut pas s’y tromper : le numérique n’introduit pas dans notre société une évolution mineure que l’on puisse maîtriser en ne considérant que les transformations que l’Internet introduit dans les droits d’auteur et dans l’économie des médias. Il nous fait franchir un intervalle aussi large que celui qui a séparé naguère la société rurale et féodale de l’ancien régime de celle, industrielle et bourgeoise, qui s’est déployée après la Révolution.

Le numérique automatise en effet progressivement toutes les tâches répétitives : les usines se vident d’ouvriers pour se remplir de robots. En outre la puissance et la rapidité des ordinateurs, l’ubiquité de l’Internet, l’intelligence incorporée dans les programmes ont élargi le domaine du possible et, corrélativement, suscité des dangers nouveaux.

Ce saut qualitatif vers l’iconomie bouleverse les conditions pratiques de l’action productive et donc les entreprises, le marché, les formes de la concurrence et plus généralement toutes les institutions.

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On peut dater du milieu des années 1970 le début de cette évolution. Elle a été alors ressentie plus que comprise et la stratégie, saisie par une sorte d’affolement, s’est orientée de façon cohérente mais malencontreuse au rebours de ce qu’il aurait fallu faire pour tirer parti du numérique et se prémunir contre les risques qu’il comporte :

  • alors que dans l’iconomie la compétitivité se gagne, par l’innovation, avec un monopole temporaire sur un segment des besoins, les entreprises françaises ont misé sur la production de masse de produits standards et sur la concurrence par les prix ;
  • alors que les consommateurs doivent se procurer des « effets utiles » en choisissant selon le rapport qualité / prix, ils ont été incités à rechercher systématiquement le prix le plus bas ;
  • alors que les produits doivent être des assemblages de biens et de services, la production des biens a été délocalisée vers des pays à bas salaires et les services qui doivent les accompagner ont été négligés ;
  • alors que la production doit être réalisée par un réseau de partenaires, une sous-traitance brutale a été généralement préférée au partenariat entre égaux ;
  • alors que l’entreprise emploie non plus de la main d’œuvre mais du « cerveau d’œuvre », elle a continué à imposer à celui-ci un rapport hiérarchique autoritaire qui le stérilise ;
  • alors qu’en France c’est l’État qui a créé la nation et qu’il est l’« institution des institutions [1] », son rôle stratégique a été nié pour faire place à la concurrence pure et à l’autorégulation du marché ;
  • la réglementation européenne, adhérant à ce dogme libéral, a rompu la cohésion des infrastructures (télécoms, chemins de fer, électricité etc.) en répartissant leurs organes entre des entreprises qui se disputent le résultat ;
  • alors que l’endettement de la nation résulte de l’accumulation du déficit de la balance des transactions courantes, l’attention s’est focalisée sur la dette de l’État.

Les entreprises ont été victimes de cette stratégie :

  • le secteur financier, automatisé et mondialisé grâce aux réseaux télécoms, a été déchaîné par la dérégulation et incité à « produire de l’argent » en parasitant le système productif ;
  • la délocalisation a pérennisé des techniques obsolètes et retardé l’investissement que demande l’automatisation ;
  • l’effort de R&D s’est le plus souvent limité, en France, à la mise en évidence d’idées judicieuses en laissant à d’autres pays le soin d’industrialiser les produits qui les exploitent ;
  • comme les services bancaires informatisés blanchissent efficacement les profits du crime organisé, celui-ci s’efforce de prendre le contrôle du système productif et rivalise avec l’État pour instaurer un pouvoir politique de type féodal.

L’ensemble de ces dispositions a créé les conditions d’une crise économique durable ou, comme disent les économistes, d’un « déséquilibre ». Il en résulte un désarroi dans l’opinion commune : alors que chacun estime avoir droit à la satisfaction de ses besoins et au statut social que confère un emploi, nombreux sont ceux qui se disent hostiles à la science, à la technique et aux entreprises qui les leur procurent. Une autre idéologie, tirant prétexte du respect dû à la nature, prétend qu’une « décroissance » s’impose.

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Cependant les pays émergents, affranchis des habitudes et préjugés qui entravent chez nous les institutions en place, se sont lancés hardiment dans le numérique et ont conquis l’avantage compétitif. Ils n’adhèrent assurément pas à l’idéologie de la décroissance !

Certes, la rapidité de leur évolution résulte pour partie d’un rattrapage et elle s’accompagne de tensions sociales et de dégâts déplorables dans l’environnement : il ne s’agit donc pas de les prendre pour modèle, mais ils montrent ce que le numérique rend physiquement possible pour peu que l’on sache surmonter les limites et blocages qui entravent nos institutions, les préjugés qui inhibent notre jugement.

Il s’agit ainsi de renverser l’ensemble des orientations stratégiques qui ont prévalu depuis les années 1970, et que nous avons énumérées ci-dessus, pour orienter l’économie – et, plus profondément, la société tout entière – vers l’iconomie.

La France dispose d’atouts qui peuvent lui permettre de reprendre l’initiative et de montrer la voie à l’Europe : un niveau culturel et scientifique élevé, l’existence d’un « honneur professionnel porteur de devoirs qu’on ne peut négliger sans déchoir [2] » qu’accompagnent le goût de l’initiative et de la recherche de solutions, la fierté du beau produit, le désir de performance.

1) Il faut d’abord restaurer, dans l’opinion commune, la place qu’occupent la science, la technique et l’entreprise : chacun doit comprendre que la consommation doit être collectivement gagée par une production et que l’entreprise est le lieu naturel de l’action productive.

Il convient d’accorder une place importante au numérique dans l’enseignement et notamment d’y introduire une formation à la programmation informatique.

L’iconomie va de pair avec une consommation sobre, sélective et attentive à la qualité des produits, et avec des entreprises qui retraitent leurs déchets et recyclent leurs produits en fin de vie : cela ouvre la perspective d’une « croissance intelligente », respectueuse de la nature et capable de répondre aux exigences les plus élevées de l’écologie.

2) Les entreprises doivent être incitées à s’organiser conformément à l’iconomie :

  • conquérir par l’innovation un monopole éventuellement temporaire sur un segment de clientèle dont on aura identifié et anticipé les besoins ;
  • le conforter par la pratique vigilante du secret et par un renouvellement continu de l’innovation tirant parti des progrès de l’informatique et des nouveaux matériaux ;
  • associer enfin à chaque produit les services qui assurent la satisfaction du client et renforcent sa qualité : contrôle des délais d’approvisionnement, dépannage et maintenance, information et formation, remplacement et recyclage en fin de vie etc.

Le réalisme les invite en outre à instaurer un échange équilibré de la considération avec leurs salariés, clients, fournisseurs et partenaires : c’est une condition nécessaire de l’efficacité de l’action productive lorsqu’elle est réalisée par du « cerveau d’œuvre ».

Contrairement à ce que l’on dit souvent, l’effort ne doit pas concerner seulement les PME et autres ETI : les grandes entreprises du CAC40, voire du « CAC400 », sont autant de têtes de réseau qui assurent une fonction stratégique d’orientation. La qualité sémantique et pratique du système d’information, qui assure et contrôle la qualité du produit jusque dans les mains du consommateur, doit être le premier souci de leur dirigeant.

3) L’État a lui-même une responsabilité d’entrepreneur dans les grands systèmes de la nation (système éducatif, de santé, judiciaire, de défense, législatif etc.). Il doit sans relâche rappeler les institutions concernées au respect de leur mission et les inciter à s’affranchir des habitudes, procédures et formes d’organisation qui répondaient au système technique antérieur mais sont aujourd’hui obsolètes. L’appel à l’honneur professionnel et le témoignage de respect envers les valeurs attachées à la mission seront ses meilleurs arguments.

L’État doit aussi veiller à ce que l’économie dispose des infrastructures nécessaires : même si cela suppose de contredire les institutions européennes, il devra restaurer la cohésion des réseaux tout en les encadrant par une régulation attentive au bien commun.

Envers les entreprises et le secteur privé lui-même l’État doit remplir son rôle d’institution des institutions : d’abord en faisant en sorte que les entreprises où il détient une part significative du capital soient d’une efficacité exemplaire, puis en utilisant les leviers que lui procurent son rôle réglementaire, son rôle financier et son rôle d’acheteur.

Enfin, les dangers que le numérique apporte doivent être identifiés et combattus résolument : cybercriminalité, blanchiment informatisé, automatisation excessive, manque de sécurité et de fiabilité etc.

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Pour pouvoir passer à l’action, la stratégie dont nous donnons ici une esquisse devra être précisée selon les domaines où elle doit s’appliquer. C’est la mission que se donne l’Institut de l’iconomie, et qui orientera ses travaux dans les prochaines années.
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[1] Maurice Hauriou, La théorie de l’institution et de la fondation, 1925.

[2] Philippe d’Iribarne, L’étrangeté française, Seuil, 2006, p. 87.

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Publié le 8 Oct 2012 dans iconomie, nos réflexions & propositions

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