L’ « iconomie », une autre façon de produire

Michel Volle

Auteur : Michel Volle
Publié le 13 Déc 2012 dans iconomie, La presse en parle, nos réflexions & propositions

Le CercleLes Echos

La troisième révolution industrielle, apportée par l’informatique et l’Internet, bouleverse depuis 1975 le système productif et fait émerger une « iconomie » en transformant la nature des produits, la façon de produire et de commercialiser, les compétences, les organisations, la structure du marché, la forme de la concurrence et l’attitude des consommateurs.

Les tâches répétitives physiques et mentales sont automatisées, chaque produit est un assemblage de biens et de services élaboré par un réseau de partenaires et la cohésion de cet assemblage est assurée par un système d’information.

Certaines entreprises s’y sont adaptées : ETI en forte croissance (Axon’, Asteelflash, etc.) ou grandes entreprises (Otis, General Electric, etc.). La concurrence étant mondiale et rude, leur stratégie consiste à conquérir par l’innovation un monopole temporaire sur un segment de marché en jouant sur la différenciation qualitative des produits. Elles adoptent souvent une même organisation : les usines sont automatisées ; le centre de recherche voisine avec la plus importante pour pouvoir associer l’ingénierie au design ; d’autres usines sont dispersées dans le monde, au plus près des clients. L’emploi réside pour l’essentiel dans la conception des produits et les services qu’ils comportent, ceux-ci étant assurés pour partie via le réseau, pour partie sur le terrain au plus près des clients. La « main-d’oeuvre » est ainsi remplacée par un « cerveau d’oeuvre ». L’iconomie n’est donc pas post-industrielle mais ultra-industrielle, l’industrialisation passant par l’informatisation. La mécanique n’est pas supprimée mais informatisée, tout comme l’agriculture, jusqu’alors dominante, a été mécanisée au XIX e siècle.

Cette transformation est aussi importante que celles provoquées par les autres révolutions industrielles avec la mécanisation au XVIII e siècle, puis la maîtrise de l’énergie à la fin du XIX e . Elle a des conséquences anthropologiques : ainsi le consommateur, confronté à une offre diversifiée, choisira selon le rapport qualité-prix et non selon le prix, et recherchera des « effets utiles ». La consommation, devenue sélective, sera plus sobre. Certains craignent que l’automatisation ne détruise l’emploi : pourtant l’iconomie, une fois à l’équilibre, connaîtra le plein-emploi comme toute économie à l’équilibre.

La transition sera cependant délicate : le plein-emploi se fera attendre et les personnes seront contraintes à un effort d’adaptation. Le système éducatif, adapté à l’économie mécanisée, devra s’informatiser et surtout répondre à une exigence scientifique d’un type nouveau. Malgré ses promesses, la perspective de l’iconomie fait peur. Les rares politiques qui l’entrevoient hésitent donc à l’annoncer et la plupart des entreprises n’avancent qu’à reculons : refusant au « cerveau d’oeuvre » la légitimité qui lui permettrait d’assumer la responsabilité dont elles le chargent, elles le contraignent à travailler dans l’univers mental que structure un système d’information mal bâti.

Enfin l’élargissement du possible s’accompagne de dangers inédits. L’informatisation procure des outils puissants à des délinquants (« optimisation fiscale », blanchiment) et confronte la démocratie et l’Etat de droit à un défi. Refuser l’iconomie serait pourtant périlleux. La Chine, la plus riche des nations jusqu’en 1840, refusa l’industrialisation puis fut dominée par les nations industrielles. Un pays qui ne saura ni tirer parti des possibilités ni maîtriser les dangers qu’apporte l’iconomie perdra bientôt son rang dans le concert des nations.

Retrouver cet article à la source : le Cercle Les Echos, 13 décembre 2012

Michel Volle

Auteur : Michel Volle
Publié le 13 Déc 2012 dans iconomie, La presse en parle, nos réflexions & propositions

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