Le chemin vers l’« iconomie »

Michel Volle

Auteur : Michel Volle
Publié le 27 Nov 2012 dans iconomie, nos réflexions & propositions

Cerveau d'oeuvre de l'Institut de l'iconomie

Nous nommons « iconomie » la société que font émerger l’informatisation et l’Internet. Cette formidable mutation n’est pas seulement numérique ni économique : elle embrasse toutes les dimensions de notre vie.

Considérons ce qui se passe dans les entreprises. Les tâches répétitives mentales et physiques étant automatisées, les usines sont remplies de robots. La « main d’œuvre » a été remplacée par un « cerveau d’œuvre » qui assure la conception des produits ainsi que les services qui procureront au consommateur des « effets utiles ».

Les produits sont des assemblages de biens et de services élaborés par des partenariats. La cohésion de ces assemblages et l’interopérabilité des partenariats sont assurées par un système d’information. La concurrence étant rude, la stratégie vise à conquérir et renouveler un monopole temporaire sur un segment des besoins. Le secret de l’efficacité réside dans le couple que forment l’informatique et le cerveau humain : il convient d’automatiser ni trop, ni trop peu.

Certaines entreprises vivent déjà dans l’iconomie : Axon’, Asteelflash, Otis, Lippi etc. Ce sont pour la plupart des ETI en forte croissance. On y rencontre souvent la même structure : les usines sont automatisées, un centre de recherche travaille à proximité de la plus importante et les autres sont dispersées dans le monde pour être proches des clients. Les services sont assurés pour partie via le téléphone et l’Internet, pour partie sur le terrain et là encore au plus près des clients.

Lorsque l’iconomie sera parvenue à maturité, elle connaîtra le plein emploi comme toute économie mûre. Cela suppose un système éducatif orienté vers la formation des compétences et aussi, chez les individus, la capacité de se former continuellement.

Mais il n’est pas facile de passer de la main d’œuvre au cerveau d’œuvre : la transition sera douloureuse, le plein emploi se fera attendre. On comprend donc que les rares politiques qui ont compris l’iconomie hésitent à l’annoncer. Leur hésitation a un coût : en l’absence d’une orientation qui leur conférerait un sens, les diverses « mesures » semblent n’être que des soins palliatifs.

Dans les grandes entreprises, par ailleurs, le poids des habitudes est souvent écrasant. L’informatique étant considérée comme un centre de coûts, l’informatisation ne peut pas atteindre le compromis judicieux entre l’automate et le cerveau humain. La considération dont celui-ci a besoin pour pouvoir travailler lui est refusée ainsi que la légitimité qui lui permettrait d’assumer les responsabilités dont l’entreprise le charge : d’où l’épidémie de stress et de burnout dont on a de nombreux témoignages. Il arrive enfin que l’architecture des systèmes d’information viole la simple logique : la nature physique, humaine ou sociale se venge alors par des pannes, incidents et conflits.

L’enjeu de l’iconomie est cependant d’ampleur géopolitique. Un pays qui ne veut ou ne peut pas tirer parti des possibilités qu’elle apporte ni contenir les dangers qui les accompagnent sera bientôt dominé et perdra le droit à la parole dans le concert des nations.

Il suffit de se rappeler le sort de la Chine au XIXe siècle. Cette nation, jusqu’alors de loin la plus riche et la plus puissante, refusa l’industrialisation : elle devint bientôt une proie pour les pays industrialisés. Or l’industrialisation, aujourd’hui, passe par le chemin vers l’iconomie.

Michel Volle

Auteur : Michel Volle
Publié le 27 Nov 2012 dans iconomie, nos réflexions & propositions

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