Comment faire de la France une « startup nation » ?

Vincent Lorphelin

Auteur : Vincent Lorphelin
Publié le 20 Juil 2017 dans entreprise de l'iconomie, iconomie, La presse en parle, nos réflexions & propositions

La French Tech montre un dynamisme enthousiasmant mais, faute de culture de brevet, elle risque de ne jamais franchir le cap de la maturité. Et pourtant, contrairement aux apparences, les GAFAM sont vulnérables.

Emmanuel Macron veut que la France devienne une nation de start-up. Cependant les GAFAM ont déposé 52 000 brevets en 5 ans pour défendre l’accès aux futurs marchés du numérique. Avec seulement trois d’entre eux, Apple avait obtenu une condamnation de Samsung en milliards de dollars. Comment alors imaginer que des start-up françaises aient la moindre chance ? La French Tech s’enorgueillit d’être la première délégation mondiale du CES de Las Vegas en termes de start-up et se réjouit de ses contacts prometteurs avec des grands groupes. Pourtant le vol des idées fait partie du top 5 des mauvaises pratiques de ces grands groupes, et la barre pour défendre leurs droits est trop haute pour les jeunes sociétés : de 500 000 à 4 millions de dollars par litige.

 

Les start-up sont pillées. Pire encore, elles sont des contrefacteurs sans le savoir jusqu’au jour où elles reçoivent un courrier d’huissier. Pour éviter des procédures interminables, 90% des actions en contrefaçon font l’objet d’une transaction. Mais leur part la plus visible, initiée par les “patent trolls”, concerne à elle seule une start-up sur trois. Les start-up pensent que leur agilité et rapidité les sauveront. Le mantra du “first takes it all” est dans toutes les têtes, alors qu’il est contredit par les faits : GoogleFacebook et Apple n’ont pas été respectivement les premiers moteur de recherche, réseau social ni fabricant de lecteur MP3. Devant ces réalités écrasantes, comment ne pas penser que la “start-up nation” ne soit qu’une lubie sans lendemain ?

En fait, le chiffre de 52 000 brevets doit être analysé plus finement. En zoomant par exemple sur le domaine de l’intelligence artificielle, on constate que les GAFAM n’ont déposé que 244 brevets, dont 103 par Microsoft et 80 par GoogleAmazon a présenté en grandes pompes Alexa au CES 2017, son assistant intelligent et vocal. Vite devenue la star de Las Vegas, Alexa permet de dicter sa liste de courses, de commander son Uber ou sa pizza… en s’adressant à des téléviseurs, des lampes ou des réfrigérateurs. Pourtant, derrière cette vitrine imposante, Amazon dispose de moins de 40 brevets en intelligence artificielle.

De même, Mark Zuckerberg a annoncé le pari de Facebook sur la réalité augmentée. Ses technologies de “camera effect platform” permettront aux smartphones de superposer des éléments virtuels sur le monde réel. Pourtant, le premier réseau social mondial ne dispose d’aucun brevet de réalité augmentée en propre.

Ainsi les marchés du numérique sont tellement nombreux que 52 000 brevets rapportés à chaque marché ne pèsent finalement pas si lourd. Les 5 brevets de réalité virtuelle rachetés par Facebook avec Oculus ne l’auront pas empêché d’être condamné à 500 millions de dollars pour vol de technologies à ZeniMax, et il est à nouveau accusé par ImmersiON-VRelia. Contrairement aux apparences, les géants du numérique sont vulnérables.

C’est là que se situe l’opportunité pour les start-up qui peuvent valoriser leur positionnement unique, en tant que fournisseur, partenaire ou cible d’investissement. En millions, comme Vega Vista et ses 10 brevets, ou en milliards, comme Nest et ses 40 brevets. Pour asseoir leur domination sur les marchés du numérique, les enchères entre les grands groupes sont illimitées. Il faut en revanche que les start-up qui veulent se valoriser disposent de brevets de qualité, c’est-à-dire déposés de manière précoce et avec des moyens convenables. On objectera que seules 15% des start-up françaises détiennent au moins un brevet durant leur phase d’amorçage. On peut voir en effet ce chiffre comme une faiblesse, puisque son équivalent américain est de 22%. On peut le voir aussi comme un formidable potentiel d’opportunités. Celui-ci a été identifié depuis des années par de nombreux rapports officiels, qui insistent sur la qualité et le foisonnement de l’inventivité en France.

Que manque-t-il ? Une culture de la propriété intellectuelle. Les entrepreneurs sont majoritairement des inventeurs qui s’ignorent. Les innovations non technologiques, les inventions qui mettent en œuvre des ressources numériques ou des logiciels open source ne leur paraissent a priori pas brevetables. Le brevet leur semble cher, compliqué, indéfendable et le succès des licences ouvertes a brouillé leur compréhension de la propriété intellectuelle. Leurs priorités sont la prospection et la commercialisation. Les business angels interviennent après l’invention, trop tard pour la protéger correctement. Sous la pression des investisseurs, qui exigent la présence d’un brevet pour investir, les entrepreneurs font des dépôts à moindre frais et de qualité médiocre.

Que faut-il faire ? Selon Jean Tirole, Prix Nobel d’Economie, « pour innover, il faut des inventeurs et du financement. L’innovation vient de plus en plus des start-up ». L’OCDE le confirme, il faut apporter aux start-up de l’expertise et des financements de la propriété intellectuelle. Les SATT, France Brevets, INPI et Bpifrance font des efforts dans ce sens, mais on est encore loin du compte. Il faudra davantage pour libérer le potentiel des inventeurs et que le projet d’une “start-up nation” devienne plus qu’une simple utopie !

Avec Pierre Ollivier et Eric Le Forestier, membres du réseau Patent Angels France

A lire sur le site de Forbes : https://www.forbes.fr/entrepreneurs/start-up-brevet-france/

Vincent Lorphelin

Auteur : Vincent Lorphelin
Publié le 20 Juil 2017 dans entreprise de l'iconomie, iconomie, La presse en parle, nos réflexions & propositions

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